L’envers des fermes et sanctuaires pour animaux: voyager de façon responsable

Touristes durant leur promenade à dos d'éléphant

Je ne suis pas une sainte. J'ai nagé avec des dauphins. J'ai lavé puis je me suis baladé sur le dos d'un éléphant pour parcourir une forêt thaïlandaise. J'ai même - pour le travail, mais tout de même - passé tout un après-midi dans un parc d'attractions bien connu où je m'étais pourtant juré de ne jamais mettre les pieds après avoir regardé, la gorge nouée, le documentaire Blackfish.

Ce n'est donc certainement pas parce que je me prétends meilleure que les autres que j'écris ce billet. Au contraire, c'est sans doute aussi bien pour m'ouvrir les yeux sur cette réalité et ce déchirement de voyageurs désireux de tout vivre de ce qu'un pays a à offrir... parfois même - et souvent sans le savoir - au détriment de la santé et du bien-être de ses animaux.

La douceur du Kenya

Je ne me suis jamais sentie aussi bien qu'au Kenya, alors qu'en prenant part à différents safaris, J'avais l'impression de me retrouver en cage et de laisser toute la place aux libres animaux de la savane. Enfin, j'étais l'intruse dans leur milieu de vie naturel et je n'étais pas prise de remords de les regarder évoluer tristement derrière les barreaux d'une prison qu'on tentait de qualifier de maison. Dans la réserve de Masai Mara, tout était à sa place, dans l'ordre des choses et du monde.

Il en était de même au sanctuaire-orphelinat d'animaux Ol Pejeta Conservancy, un environnement sécuritaire et contrôlé n'ayant pour but ultime que la réhabilitation et la conservation de la faune et au Giraffe Center de Nairobi où, depuis 1979, on prend soin des girafes de Rothschild sauvées de la mort tout en se faisant un devoir d'éduquer les visiteurs et les Africains à vivre en harmonie avec ces élégantes bêtes.

Paysage - coucher de soleil

Andrzej Kubik | Shutterstock

Dans ces endroits magiques et émouvants, aucune balades sur les dos d'animaux fatigués ni de spectacles pour impressionner les touristes. Peut-être la permission, parfois, d'approcher quelques animaux pour leur offrir à manger ou un peu d'affection, mais toujours depuis NOTRE cage à humains. Et jamais au grand jamais d'obligations ni de coups pour que ces animaux sauvages exécutent quelques tours que ce soit contre leur gré.

La vérité sur les fermes et sanctuaires d'animaux

Plusieurs lectures sur le sujet du tourisme faunique m'ont récemment fait réfléchir. Elles m'ont aussi persuadé d'agir de façon nettement plus responsable lors de ces prochains voyages qui me feront croiser la route d'animaux sauvages (ou jadis sauvages).

Des milliards de dollars engendrés par l'industrie du tourisme à travers le monde, plus d'un quart concerne le tourisme faunique. C'est un fait, les voyageurs amoureux des animaux souhaitent se retrouver en leur présence et interagir avec eux lors de leurs périples. Ce que ceux-ci ignorent souvent, par contre, est la souffrance, la cruauté et les sévices que ces bêtes subissent en arrière-scène; de manière à se conformer aux activités et spectacles mis sur pied dans le seul bus d'amuser et d'attirer les touristes.

Des traitements abusifs tels l'arrachement de bébé à leur mère à un très jeune âge ou encore diverses formes de mauvais traitements infligés aux animaux (on les bat, les blesse et les maltraite dans le but de les entraîner à être montés par les humains, on les force à faire des tours pour amuser le public ou encore à rester bien tranquille le temps d'interminables photos souvenirs). Certains des pires lieux de ce genre au monde maltraiteraient d'ailleurs les ours, les éléphants, les tigres et les tortues (ferme de tortues).

En Thaïlande et en 2010 uniquement, ce sont 1 300 éléphants qui ont été gardés captifs pour promener les touristes et se donner en spectacle, enchaînés tout le reste du temps. Ce sont aussi 14 tigres arrachés tout jeunes à leurs mamans, confinés dans des cages où les touristes peuvent les cajoler et prendre des photos à leurs côtés. Ou encore 290 macaques attachés au sol ou gardés dans de minuscules cages, que l'on sort uniquement lorsqu'ils doivent se donner en spectacle.

Dans sa brochure intitulée Checking out of Cruelty, l'organisme World Animal Protection dresse la triste liste des 10 attractions les plus cruelles à éviter absolument à travers le monde. Elle se lit comme suit:

  1. Prendre part à un tour à dos d'éléphants
  2. Prendre des selfies avec les tigres
  3. Marcher avec les lions
  4. Visiter les parcs d'ours
  5. Toucher aux tortues de mer
  6. Assister aux spectacles de dauphins
  7. Encourager les singes dansants
  8. Visiter les plantations de café où vivent les civettes (ou chats musqués)
  9. Encourager les charmeurs de serpents et embrasser les cobras
  10. Visiter les fermes de crocodiles

Des 110 millions de voyageurs visitant des lieux d'attraction animaliers, la plupart d'entre eux ignorent évidemment la cruauté qui se cache derrière ces tours et ces balades d'une vie. Moi-même je n'y ai pas trop pensé lorsqu'on m'a permis de m'approcher et de caresser un bébé guépard ou de faire un petit tour de tortue géante centenaire...


Des photos uniques de safari d'Afrique


«En voyage ou à la maison, une expérience authentique avec des animaux ne devrait jamais permettre les contacts directs entre humains et animaux», explique les membres de l'organisme World Animal Protection. Pour eux, une expérience authentique et sécuritaire en compagnie d'animaux se résume ainsi:

  • Ne jamais monter sur un animal sauvage.
  • Ne jamais nager avec un animal sauvage captif.
  • Ne jamais caresser, étreindre ou retenir un animal sauvage.
  • Ne jamais laver un animal sauvage.
  • Ne jamais enchaîner un animal sauvage ni le tenir en laisse.
  • Ne jamais regarder un animal danser, faire du sport, faire des massages, peindre ou faire des tours.

«Bref, si vous pouvez le monter, le caresser ou prendre un selfie avec ces animaux sauvages, il est fort probable que ceux-ci soient maltraités», met-on en garde les voyageurs.  

Il y a de l'espoir pourtant, alors qu'on explique que 25% des attractions fauniques à travers le monde ont un impact positif dans le bien-être des animaux qu'ils prennent sous leurs ailes. Il s'agit de sanctuaires ayant sauvé des animaux de conditions abusives (ceci incluant des attractions touristiques). On aurait ainsi porté secours à au moins 13 000 animaux sauvages, dont des ours, des orangs-outans, des éléphants et les lions, dans ces lieux où les spectacles et les interactions directes entre animaux et humains ne sont pas permis.