Le voyageur snob n'est pas celui qu'on pense...

Sarah-Émilie Nault

Voyager veut dire faire des rencontres. Rencontrer des locaux qui souvent s'ouvrent à nous en partageant des parcelles de leur vie. Rencontrer des villes dont on tombe parfois amoureux comme on tombe amoureux d'une personne aux qualités infinies. Et faire la rencontre aussi, inévitablement, d'autres comparses voyageurs. Si nous sommes tous reliés par cet amour du voyage, il n'en reste pas moins qu'il existe plusieurs types de voyageurs (comme il existe plusieurs types d'amoureux ou tout simplement, de gens).

Au fil de mes voyages, plusieurs d'entre eux ont croisé ma route et si je ne me crois aucunement au-dessus de toute catégorisation (je fais sans doute moi-même partie d'un groupe type de voyageurs qui plaît ou déplaît à certains et cela me va), j'ai eu envie de réfléchir sur les différentes façons d'aborder la plus belle activité du monde: voyager.

Ensemble, c'est tout

L'idée m'est venue tout simplement. Lors d'un voyage en Asie, dans un restaurant où des amis d'amis québécois étaient venus nous retrouver afin de faire connaissance. Dans l'optique de partager entre compatriotes, j'imagine, un joli petit moment asiatique. C'est ce soir-là que cela m'a frappé: même si nous nous trouvions dans le même pays lointain et que nous étions tous porteurs de «valeurs québécoises» similaires, l'expérience et la vision de voyageurs de chacune des personnes se trouvant autour de la table étaient différentes. Très différentes.

Pour l'un, se trouver dans un restaurant populaire (où un plat coûtait 1 ou 2 $ de plus que celui déniché sur la rue par exemple) était un véritable sacrilège. Pour l'autre, une chambre d'hôtel ne devait jamais au grand jamais être réservée et toujours marchandée. Pour une autre enfin, le fait de ne voyager «qu'un tout petit mois» dans ce pays d'Asie équivalait à n'avoir vu ni surtout rien compris de celui-ci.

Parce que nous avions visité tour à tour des attractions «plus touristiques» puis des endroits plus obscurs, nous n'étions plus de «vrais voyageurs».

Les yeux au ciel de mon compagnon de voyage en disaient long. Lui aussi en avait assez de ce discours borné et un peu snob de voyageurs croyant leur expérience supérieure. Prétendument plus authentique et véritable parce que vécue de telle ou telle façon.

Et cela n'est qu'un exemple, évidemment.

Si j'ai, empilé au fond du coeur, des souvenirs rattachés à des périples effectués dans plus d'une cinquantaine de pays, je me suis toujours appliqué à ne pas le laisser transparaître dans mes conversations. Suis-je meilleure ou plus ouverte que les non-voyageurs ou que les voyageurs privilégiant les voyages en formule tout-inclus? Certainement pas.

Suis-je plus apte à comprendre ou à me plonger dans une nouvelle culture parce que j'ai beaucoup voyagé ou parce que je privilégie souvent les routes moins fréquentées et l'extérieur de ces fameux sentiers battus? Non plus.

Suis-je moins une «vraie voyageuse» parce que voyager fait partie de mon travail? Mes périples ont-ils moins d'authenticité et de valeur parce qu'ils se terminent souvent dans de jolies chambres d'hôtel? Non, non et encore non.

Personnellement, le simple fait de voir les gens voyager – n'importe où et de n'importe quelle façon - suffit à me rendre heureuse.

Ces voyageurs qui se sentent supérieurs simplement parce qu'ils ont parcouru le monde m'horripilent. Idem pour ceux qui enferment le voyage dans une petite case bien étroite. Voyager ne veut-il pas dire s'ouvrir à l'autre en acceptant ses différences, ses croyances et sa façon de voir la vie, sans jugement?

Pour moi, le snobisme du voyageur signifie croire qu'on a tout compris de la vie parce qu'on a voyagé. Se croire plus intéressant qu'un autre (voyageur ou pas) parce qu'on a choisi telle ou telle façon de bourlinguer.

Être un voyageur snob ne veut pas dire privilégier le luxe et les grands hôtels (d'ailleurs, en quoi un voyageur aimant le luxe serait-il moins «vrai voyageur» que celui ayant le sac accroché au dos?)

Le voyageur atteint de snobisme est celui qui se compare en jugeant le choix des autres. Celui dont l'esprit obtus s'applique à assombrir les petits bonheurs de ces autres qui choisissent de faire les choses autrement.

Le «voyageur véritable» se nourrit des rencontres meublant ses balades autour du monde. Il est aussi ouvert à la différence des locaux qu'à celle de ses comparses voyageurs québécois, canadiens ou étrangers. Et il ne perd jamais de vue que l'important, en effet, n'est pas la destination, mais le chemin pour y parvenir. Aussi unique, typique, original, excentrique, luxueux, bon marché, authentique ou simplement tout fou soit-il.