La fois où j’ai cassé à Torres del Paine...

Torres del Paine au Chili

Xavier Savard-Fournier

Je dois être honnête, Torres del Paine n’était pas un rêve, c’était un baptême. Un baptême [un peu pénible] de 3 jours et 78 km.

Si j’étais craintif au début, j’avoue qu’une fois sur place, j’ai eu un regain de confiance en moi. Je ne sais pas si c’est l’air, mes billets achetés au rabais à un Chilien en ville ou le fait que je réalisais le trek de rêve de plusieurs de mes amis alors que moi, je n’en avais jamais fait auparavant, mais je me trouvais vraiment « hot ».

En plus, ma première journée avait été facile. Je suivais le rythme. Rien ne pouvait m’arrêter.

Le regret du 27e km

Trek à Torres del Paine au Chili

Xavier Savard-Fournier

Mais une randonnée de ce genre-là, c’est long. Le défi, c’est de garder la motivation.

Dès la 2e journée, j’avais le visage plus rouge que jamais et des ampoules en raison de mes nouvelles bottes que je n’avais pas cassées avant le départ.

À ce moment-là, je me suis rabattu sur mon rythme de marche. Pour moi, ç’a été la clé pour passer à travers. Je regardais moins le paysage, mais j’avançais. Comprenez-moi bien. Torres, c’est magnifique. Mais quand c’est ton premier trek, c’est après que tu apprécies vraiment tout ça.

Sauf qu’à Torres, tu n’avances pas toujours au rythme que tu veux. Tu finis par tomber sur les autobus de touristes qui, eux, sont venus faire ça en 5-6 jours tout en dormant au refuge. Je me suis donc vite retrouvé coincé derrière un groupe d’asiatiques en mode admiration lors de la 2e montée au centre du W.

Ça m’a scié les jambes.

J’étais obligé d’attendre et de m’arrêter constamment. En plus, mon ami, la gazelle des montagnes et vrai gars de plein air, gambadait loin devant en sautant par dessus les touristes.

À ce moment précis, j’ai cassé mentalement.

Torres del Paine au Chili

Xavier Savard-Fournier

Je ne voulais plus rien savoir. La montée était interminable. Au 27e kilomètre, entouré d’asiatiques, j’ai crié mon premier de nombreux; « qu’est-ce que je cr*** ici! » Une chance qu’ils ne parlaient pas français.

Le reste de ma journée n’aura été que misère et désespoir et, le retour au campement, un défi physique qui me paraissait insurmontable. J’étais vidé, j’avais mal au cœur, je me suis simplement effondré dans la tente.

À ce moment précis, j’ai cassé physiquement, avec encore 33 km à faire le lendemain...

« Et au 3e jour, il ressuscita »


La référence biblique est un peu intense, mais c’est comme ça que je me suis senti le lendemain matin. Je me suis levé avec une seule idée; finir le cr*** de trek. Comme si l’obligation de devoir avancer m’avait redonné de l’espoir.

Et savez-vous quoi?

Ç’a été ma meilleure journée finalement! J’ai admiré, j’ai apprécié et j’étais heureux.

Il y a plusieurs façons d’apprécier le plein air, comme il y a toutes sortes de manières d’attaquer Torres del Paine. J’aurais pu vous en dire plus long sur les aspects techniques, mais je pense que c’est plus intéressant de vous offrir le vrai.

À Torres, je me suis simplement concentré à marcher pendant 3 jours et ça n’a pas toujours été de tout repos. Mais je suis fier maintenant de pouvoir vous dire que j’y suis allé et que j’y retournerais.

Allez! N’ayez pas peur. Lancez-vous.