Confiné en Inde, il partage sa peur et lance une pétition implorant le rapatriement

Lambert Desrosiers-Gaudette
Sarah-Émilie Nault
par Sarah-Émilie Nault

Coincé dans une auberge de Delhi à une dizaine de kilomètres de l’aéroport, Lambert Desrosiers-Gaudette, 28 ans, vient de créer une pétition en ligne.

Le voyageur se trouvant en Inde depuis le 3 mars urge le gouvernement du Canada d’aider au rapatriement des nombreux Canadiens qui y sont coincés depuis l’interdiction des vols commerciaux internationaux par le gouvernement indien.

Rappelons d’ailleurs que l'Inde est en confinement total.

Frère Camille 1

Dans une Inde en confinement

Originaire de Saint-Lambert, Lambert Desrosiers-Gaudette (le petit frère de Camille Dg, fondatrice du blogue Le Cahier) a travaillé pendant un an en Australie afin de financer un long voyage en Asie du Sud-Est.

Famille Inde

Il est arrivé à Delhi le dimanche 22 mars dernier avec une amie anglaise; date à laquelle a été imposé le Jenata Curfew, un couvre-feu national de 7h à 21h avec interdiction ferme de sortir à l’extérieur.    

« Depuis cette date, l'Inde est en lockdown. Un lockdown qui est devenu total depuis l'annonce du premier ministre Modhi », explique le jeune homme, qui a au moins le WiFi pour donner des nouvelles à ses amis et sa famille. « Personne en sol indien ne peut sortir de sa propriété, même pas pour aller dans la rue, à moins d'avoir une très bonne raison. Les représailles sont musclées; j'ai vu la police frapper des gens avec des bâtons. Donc à présent, même un trajet vers l'aéroport est risqué. Ça doit être pris en charge par les ambassades ».

Dans les rues anormalement calmes de Delhi, Lambert et son amie ont eu la frousse dimanche dernier alors qu’ils tentaient de trouver un taxi pour se rendre à leur auberge. Les applications de commandes de taxi ne fonctionnent plus, les rues sont désertes et les quelques personnes qu’a rencontrées le duo leur lançaient des cris en hindi.  

« Un Américain est arrivé à l'auberge hier, il a marché pendant deux heures avec une couverture sur la tête pour cacher qu'il était un voyageur et il a passé par 6 petits postes de police dans la rue. Je sais, ça sonne ridicule », explique celui qui se considère chanceux d’être là où il est, entouré de voyageurs s’entraidant et provenant des quatre coins du monde. 

Alors que de nombreux voyageurs sont mis à la porte des hébergements, car soupçonnés d'être porteurs du virus, il est devenu difficile de sortir dans la rue, pour aller s’acheter de la nourriture par exemple.

« Ça a vraiment été un soulagement en arrivant ici parce que ça commençait à être stressant dans les rues de Delhi la fin de semaine passée », poursuit-il. « L'ambassade est fermée. On a un petit restaurant, on s'organise des repas communs grâce à un marchand qui passe à chaque jour avec ses fruits et ses légumes. On s'organise des activités, yoga, pub quiz, pour passer le temps et déstresser ».

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Quelle aide pour les Canadiens?

Un stress qui augmente de jour en jour, au fil des départs des nouveaux amis israéliens, allemands, autrichiens ou suédois rentrant à la maison sur des vols de rapatriement.

« Ça fait juste nous renvoyer à notre situation », confie-t-il. « Britanniques, Américains, Espagnols, Togolais, Sud-Africains et Canadiens sommes toujours coincés ici ».

Le compte Twitter de l’Ambassade est devenu la source d’informations du jeune homme qui reçoit leurs mises à jour quotidiennes par courriel. Au téléphone, il arrive à rejoindre le bureau indien. On prend ses coordonnées et on lui assure qu’on va le rappeler dans les 24 heures, mais les choses stagnent. Depuis lundi, il n’a parlé à personne.

Sur la page Facebook Canadians stuck in India, il suit le développement des démarches politiques, qui sont peu encourageantes.

« Je suis inquiet parce qu’il y a beaucoup de Canadiens en Inde, ce qui peut rendre la tâche de rapatriement difficile », dit-il. « On est plus de 15 000 à s'être inscrit au registre d'Affaires mondiales des Canadiens en Inde. Beaucoup sont des Canadiens d'origine indienne en visite chez leurs familles et amis, et qui maintenant, désirent être rapatriés. Sauf que nous, les voyageurs en sac à dos, on est dans une situation un peu plus précaire ici ».

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L’interdiction aux vols internationaux devrait être levée le 29 mars prochain… si elle n’est pas reconduite, comme le craint Lambert. Le tout devra alors se résoudre par voie diplomatique, alors que la situation et le climat social évoluent rapidement dans ce pays de plus de 1,3 milliard d’habitants.

« C'est un peu désespérant comme situation », ajoute-t-il. « Je sais qu'on blâme les voyageurs qui ne sont pas revenus, mais moi, j'ai essayé. Je suis revenu à Delhi rapidement, même si je n’étais pas si proche. J'ai réservé des vols par 3 fois, tous annulés. C'était dur de prévoir l'ampleur des mesures que le gouvernement indien allait prendre et surtout, la vitesse avec laquelle il allait les déployer. À cela s'est ajouté un climat social vraiment tendu. Tout le monde dans l'auberge a tout fait pour revenir et maintenant, on est coincés ici. Possiblement pendant toute la durée du lockdown, soit 3 semaines... »

Pour signer et rendre virale la pétition initiée par Lambert Desrosiers-Gaudette demandant l’aide du gouvernement du Canada, des Affaires mondiales Canada et du premier ministre Justin Trudeau, cliquez ici

Sarah-Émilie Nault
par Sarah-Émilie Nault